Hanuabada

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Photo d’un chien errant dans le village d’Hanuabada, en Papouasie-Nouvelle-Guinée - Christophe MOEC

"Hanuabada, une cité lacustre en péril " en argentique couleur

Série issue d’un reportage dans le village sur pilotis d’Hanuabada de la tribu Motu situé au nord-ouest de Port Moresby, la capitale de Papouasie-Nouvelle-Guinée, en Océanie.

Hanuabada signifie « grand village » en langue Motu. On dénombre en effet environ 15.000 personnes dans cette cité lacustre et ses abords. L’expression de « cité lacustre » ne doit pas faire oublier que Port Moresby est une des villes les plus dangereuses du monde où sévit un grand taux de criminalité. Et Hanuabada fait figure d’enclave dans la capitale, une sorte de zone de non-droit où la vie sociale est encore régie par des chefs de clans responsables de la communauté d’un ou plusieurs pontons. Certains pontons sont d’ailleurs équipés de grandes cloches, elles servent à donner l’alerte lors d’un incident (incendie, maladie, mort…), un certain nombre de coups est donné en fonction du degré de gravité de la situation.

Dans ce pays du Commonwealth, les habitants de ce village traditionnel vivent dans des maisons sur pilotis et perpétuent un mode de vie ancestral né d’une association vertueuse entre l’homme et la nature : la mer comme source abondante de nourriture et de revenus pour les pêcheurs, et ce type d’habitation comme une aubaine contre la chaleur équatoriale provoquée par la réverbération du soleil sur l’eau avec une excellente climatisation naturelle.

Cependant, en raison d’un accroissement de sa population et d’une combinaison de facteurs environnementaux, le tableau est loin d’être idyllique et les conditions de vie se sont dégradées ces dernières années à Hanuabada mettant au jour des problèmes de santé publique et de survie. En cause principalement l’absence de dispositif d’assainissement pour les urines et les matières fécales qui sont directement rejetées dans la mer (y compris pour les animaux comme les cochons en cage), et l’augmentation de débris et de déchets plastiques qui affluent sur le rivage et dont la présence bouleverse l’écosystème jadis vertueux. L’eau de la mer à cet endroit est de plus en plus polluée. La pollution du milieu aquatique a un impact direct aussi sur la pêche.

Le mode de vie à Hanuabada est rudimentaire en l’absence de sanitaires et d’accès à l’eau courante dans les habitations, quelques tuyaux fournissent néanmoins de l’eau potable deux fois par jour pendant quelques minutes seulement le matin et le soir. Les habitants manquent de bois de chauffage pour la faire bouillir et pour cuisiner en raison de l’urbanisation et du faible taux de renouvellement de la végétation aux alentours (c’est un problème aussi pour la fabrication des pieux qui nécessitent une quantité importante de troncs d’arbre de plus en plus difficile à trouver en milieu urbain).

Dans ce contexte, on observe une augmentation des maladies : problèmes cutanés, diarrhées, fièvre typhoïde, paludisme et cholera. Ainsi, à l’image de la planète, ce village est donc confronté pour sa survie à long terme à une équation délicate entre expansion, gestion de ses ressources et gestion de ses déchets.