Hanuabada
"Hanuabada" en argentique couleur
Série réalisée dans le village sur pilotis Hanuabada de la tribu Motu situé au nord-ouest de Port Moresby, la capitale de Papouasie-Nouvelle-Guinée, en Océanie. Hanuabada signifie « grand village » en langue Motu. On dénombre en effet environ 15.000 personnes dans ce village flottant et ses abords.
Port Moresby est une des villes les plus dangereuses du monde où sévit un grand taux de criminalité. Et Hanuabada fait figure d’enclave dans la capitale, une zone de non-droit où la vie sociale est encore régie par des chefs de clans responsables de la communauté d’un ou plusieurs pontons. Certains sont d’ailleurs équipés de grandes cloches qui servent à donner l’alerte lors d’un incident (incendie, maladie, mort…), un certain nombre de coups est donné en fonction du degré de gravité de la situation.
Dans ce pays du Commonwealth indépendant de l’Australie depuis le 16 septembre 1975, les habitants de ce village traditionnel vivent toujours dans des maisons sur pilotis et perpétuent un mode de vie ancestral né d’une association vertueuse entre l’homme et la nature : la mer comme source abondante de nourriture et de revenus pour les pêcheurs, et la maison sur pilotis contre la chaleur équatoriale provoquée par la réverbération du soleil sur l’eau avec une excellente climatisation naturelle.
Cependant, en raison d’un accroissement de sa population et d’une combinaison de facteurs environnementaux, le tableau est loin d’être idyllique et les conditions de vie se sont dégradées ces dernières années à Hanuabada mettant au jour des problèmes de santé et de survie. En cause, principalement, l’absence de système de collecte des déchets et de dispositif d’assainissement pour les urines, les matières fécales et les eaux usées qui sont directement rejetées dans la mer (y compris pour les animaux domestiques, les poules et les cochons en cage), mais également l’augmentation de débris et de déchets plastiques qui affluent sur le rivage et dont la présence bouleverse l’écosystème jadis vertueux. L’eau de la mer à cet endroit est de plus en plus polluée. La pollution du milieu aquatique a un impact direct sur la pêche, l’écosystème mais aussi pour la santé des autochtones.
En l’absence de sanitaires et d’accès à l’eau courante dans les habitations, le mode de vie à Hanuabada est rudimentaire. Quelques tuyaux situés sur le rivage fournissent néanmoins de l’eau potable deux fois par jour pendant quelques minutes seulement le matin et le soir. C’est pourquoi les villageois remplissent le maximum de bidons sur ces rares créneaux, ils en profitent également pour se laver, faire la lessive ou la vaisselle. Les habitants manquent également de bois de chauffage pour faire bouillir l’eau et pour cuisiner en raison de l’urbanisation et du faible taux de renouvellement de la végétation aux alentours (c’est un problème aussi pour la fabrication des pieux qui nécessitent une quantité importante de troncs d’arbre de plus en plus difficile à trouver en milieu urbain).
Dans ce contexte, on observe une augmentation des maladies : problèmes cutanés, diarrhées, fièvre typhoïde, paludisme et cholera. Ainsi, à l’image de la planète, ce village est donc confronté pour sa survie à long terme à une équation délicate entre expansion, gestion des ressources naturelles et traitement des déchets.
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La photo numéro 3 de cette série a été exposée dans une galerie en Écosse (« The Glasgow Gallery of Photography ») en 2023, dans le cadre d’une série collective intitulée Human nature.

























Légendes photo
Photo 1 : Paysage du village flottant Hanuabada où vivent environ 15.000 membres de la tribu Motu.
Photo 2 : Un homme Motu fait sa lessive à la main dans le village sur pilotis Hanuabada, au beau milieu d’un tas d’immondices.
Photo 3 : Père avec son fils sur ses épaules dans la brousse à la recherche de bois mort, près du village Motu Hanuabada à Port Moresby. On peut voir que l’enfant souffre de problèmes de peau en raison de l’eau insalubre.
Photo 4 : Famille Motu dans leur maison sur pilotis dans le village Hanuabada, avec le drapeau du pays. La Papouasie-Nouvelle-Guinée est indépendant depuis 1975.
Photo 5 : Corvée quotidienne de remplissage des bidons d’eau à l’aube avant que l’eau soit coupée. Le village Motu Hanuabada est en effet approvisionné seulement deux fois par jour quelques minutes seulement matin et soir.
Photo 6 : Tortue marine retournée et attachée par une patte au ponton en train d’agoniser, dans le village Motu Hanuabada. La tortue lutte pour survivre, tandis qu’un homme passe avec des bidons d’eau potable pour sa propre survie quotidienne.
Photo 7 : Chien errant sur les rives du village sur pilotis Hanuabada.
Photo 8 : Homme de la tribu Motu allongé dans sa maison sur pilotis, ce type d’habitat permet une excellente ventilation naturelle contre la chaleur équatoriale.
Photo 9 : Enfant assis dans un carton devant une épave de camion à Hanuabada, il s’amuse à avancer ainsi par petits sauts.
Photo 10 : Femme à la fenêtre de sa maison traditionnelle en tôle acier lisse dans le village Motu Hanuabada.
Photo 11 : Maisons sur pilotis de la tribu Motu à Hanuabada, les autochtones savent mieux que personne comment franchir les planches de bois étroites (et souvent vétustes) en suspension.
Photo 12 : Chef de clan à la fenêtre de sa maison sur pilotis à Hanuabada, il a la responsabilité d’un ou plusieurs pontons. Il tranche les litiges.
Photo 13 : Un jeune court pieds nus à toute vitesse sur un ponton du village Motu Hanuabada, une prouesse sachant qu’aucune planche n’est identique, ni posé selon le même espacement, sans compter les échardes, les clous et les planches pourries.
Photo 14 : Homme en serviette de bain en train de sécher à l’air ambiant dans le salon de sa maison sur pilotis à Hanuabada.
Photo 15 : Un père avec son fils dans la loggia de leur maison sur pilotis dans le village Motu Hanuabada. Les grillages sont fréquents pour protéger les petits d’une noyade.
Photo 16 : Enfant étendu sur le tableau de bord d’une vieille épave de voiture dans le village sur pilotis Motu Hanuabada.
Photo 17 : Homme torse nu du clan « Mavara » allongé sur un ponton du village Motu Hanuabada.
Photo 18 : Guitariste Motu jouant sur la mer de Corail dans sa maison sur pilotis à Hanuabada.
Photo 19 : Un père a sculpté un bateau en bois miniature Motu pour son fils, à Hanuabada.
Photo 20 : Un jeune de la tribu Motu se baigne avec un bateau miniature confectionné à la main dans le village flottant Hanuabada.
Photo 21 : Épave de voiture dans le village Motu Hanuabada près de Port Moresby. La gestion des déchets est un problème qui met en péril la communauté.
Photo 22 : Nourrisson de la tribu Motu dans son hamac, dans le village sur pilotis Hanuabada.
Photo 23 : Ramasseuse de déchets à marée basse dans le village sur pilotis Motu Hanuabada.
Photo 24 : Village sur pilotis Motu à Hanuabada vu par une fenêtre, à Port Moresby en Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Photo 25 : Jeune adossé au mur de sa maison sur pilotis entre deux citations de la Bible, dans le village Motu Hanuabada.
Affiche de l’exposition :
