Cantagalo-Pavao-Pavaozinho
"Mémoires de Cantagalo-Pavao-Pavaozinho" en argentique 135 couleur
Série sur les habitants de deux favelas mitoyennes répartis sur deux collines « Cantagalo » et « Pavão-Pavãozinho » (ou « PPG ») de la zone sud de Rio de Janeiro. Près de 11 000 habitants vivent sur ce territoire relativement restreint, ce qui en fait une des favelas les plus densément peuplée du Brésil.
Le terme « favela » désigne un type d’habitation populaire au Brésil qui s’apparente au bidonville avec des constructions à l’origine sur des terrains illégaux et des matériaux de récupération. Rio de Janeiro comptabilise à elle seule près de 1000 favelas. Cantagalo a été occupée au début du XXe siècle, principalement par d’anciens esclaves et immigrants venus des campagnes. Pavão-Pavãozinho a émergé au cours des années 1930, principalement par des immigrants du nord et de la partie la plus pauvre du Brésil.
À partir du milieu des années 1990, la mairie de Rio a entamé un processus pour « légaliser » progressivement cet espace marginal regroupant une frange de la population pauvre pour qui l’accès au logement demeure impossible (la majorité survit avec moins que le salaire minimum par habitant). Ce programme d’urbanisation qui vise à intégrer les favelas au reste de la ville s’appelle « Favela-Bairro ». Mais l’enjeu est si complexe, tant du point de vue juridique, social et économique, que l’objectif d’inclusion reste loin d’être satisfaisant 30 ans après son lancement. Les habitants des favelas se plaignent en effet souvent du manque d’infrastructures et de services, mais aussi de problèmes d’insécurité, si bien que ces territoires se situent toujours entre légalité et illégalité aujourd’hui.
La communauté de Cantagalo-Pavao-Pavaozinho a bénéficié de certaines avancées significatives au fil du temps comme la gestion des ordures, l’éclairage public, le drainage des eaux usées, le revêtement des sols et la construction de deux élévateurs pour faciliter l’accès sur les hauteurs. Néanmoins, beaucoup reste à faire, notamment en matière d’éducation et de sécurité, or les politiques semblent avoir moins de velléités pour ces territoires depuis la fin des Jeux olympiques d’été de 2016. Ainsi, les inégalités sociales perdurent et un fossé réel subsiste avec le reste de la ville. Or, le contraste est d’autant plus frappant que ces deux favelas jouissent d’une position géographique particulière puisqu’elles se situent à moins d’un kilomètre chacune des célèbres plages de Copacabana et d’Ipanema.
Les cariocas ne s’aventurent guère dans cette favela jugée trop dangereuse et trop insalubre. Un simulacre de police est présent sur la voie d’accès unique par la route pour rassurer les citoyens et leur faire croire que la zone est sous contrôle de la municipalité. Deux « mondes » vivent ainsi en parallèle, deux univers qui se côtoient pourtant par la force des choses car les personnes actives des favelas travaillent dans les restaurants, les hôtels, les commerces, les hôpitaux, les marchés, ou comme livreurs, plagistes, etc. La plage joue un rôle primordial à Rio de Janeiro en tant que vecteur de mixité sociale, elle gomme en effet les inégalités ponctuellement et permet une réelle cohésion de toute la population. Cette opposition, à la fois géographique et sociologique, rend ce lieu hors du commun.
En 2014, Libération a publié une des photos issues de cette série à la Une de son Journal avant la coupe du monde de football de Rio le 12 juin. Peu de temps avant, le 22 avril 2014, Douglas Rafael da Silva Pereira, un danseur et DJ de Pavão-Pavãozinho âgé de 25 ans, a été abattu par erreur par la police. Une rébellion farouche de toute la communauté a suivi immédiatement contre l’unité de police de pacification alors en place à cette époque (UPP pour « Unidade de Polícia Pacificadora »). Le gouvernement brésilien a dû faire appel à l’armée pour mettre fin aux émeutes sanglantes devant les caméras du monde entier.
Plus récemment, le 28 octobre 2025, une opération impliquant environ 2 500 policiers dans le nord de Rio de Janeiro a fait 132 morts dont 4 agents de police. L’opération, la plus meurtrière de l’histoire de l’État de Rio de Janeiro, visait à affaiblir le trafic de drogue dans le Complexo do Alemão contrôlé par le gang du Commando Vermelho, un ensemble de favelas où vivent 100 000 personnes (118 armes ont été saisies, dont 93 fusils d’assaut).
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Cette série a été exposée en 2023 dans une galerie à Ipanema (Rio de Janeiro) sous ce même titre « Memórias de Cantagalo-Pavão-Pavãozinho ».






























Légendes photo
Photo 1 : Un homme enjoué se tient assis sur un tapis dans la favela Cantagalo.
Photo 2 : Point de vue sur la favela Cantagalo où subsistent quelques arbres très rares.
Photo 3 : Une femme et son fils devant leur modeste maison sans fenêtre, sur les hauteurs de la favela Pavão-Pavãozinho.
Photo 4 : Un homme de dos dans la favela Pavão-Pavãozinho avec le maillot de l’équipe de foot du Brésil et une cage à oiseaux.
Photo 5 : Un enfant l’air mélancolique avec un ballon de foot crevé dans la favela Cantagalo.
Photo 6 : Mystérieux visage d’une fillette dans l’embrasure de la porte de sa maison, sur les hauteurs de la favela Pavão-Pavãozinho.
Photo 7 : Un père et son fils « Kaike » sur le toit de leur maison à Cantagalo. L’enfant est dans une crise de colère.
Photo 8 : Une fillette très agile escalade les parois du couloir de sa maison dans la favela Pavao-Pavaozinho.
Photo 9 : Deux enfants jouent sur un fauteuil dans la favela Cantagalo.
Photo 10 : Un homme à la retraite regarde par la porte de son logement dans la favela Pavao-Pavaozinho.
Photo 11 : Un homme fait de la musculation avec des haltères en béton dans la favela Cantagalo.
Photo 12 : Un homme à son domicile à Cantagalo, il travaille comme plagiste sur Ipanema.
Photo 13 : Un homme torse nu descend des escaliers dans la favela Pavão-Pavãozinho.
Photo 14 : Un enfant joue au cerf-volant perché sur un mur de Cantagalo. Au loin, on aperçoit la Colline des Deux Frères (Morro Dois Irmãos) où se situe la favela « bobo » Vidigal.
Photo 15 : Un homme, ancien percussionniste, écoute de la bossa nova devant sa maison dans la favela Cantagalo.
Photo 16 : Le même homme que dans la photo précédente allongé sur son lit dans sa chambre à Cantagalo.
Photo 17 : Un homme atteint de la gangrène regarde à l’extérieur de chez lui par la porte ouverte.
Photo 18 : Une femme vêtue d’une robe vétuste, prépare à manger pour sa famille dans sa cuisine de la favela Cantagalo.
Photo 19 : Une fillette se prélasse dans une baignoire posée à l’extérieur sur les hauteurs de la favela Pavão-Pavãozinho.
Photo 20 : Une fillette se tient à l’ombre dans la favela Cantagalo.
Photo 21 : Un surfeur descend une allée de la favela Pavão-Pavãozinho en direction de la plage d’Ipanema.
Photo 22 : Un enfant joue avec une guitare dans la favela Cantagalo. En arrière-plan, on aperçoit la favela Pavão-Pavãozinho.
Photo 23 : Deux femmes à travers une fenêtre de la favela Cantagalo. L’une d’entre elle tient une tête de mannequin.
Photo 24 : Un homme se fait tailler la barbe dans la favela Cantagalo.
Photo 25 : Une mère et son fils dans la favela Cantagalo, la femme tient un gobelet de bière Itaipava.
Photo 26 : Deux hommes transportent des matériaux de construction dans la favela Cantagalo.
Photo 27 : Préparation de la coxinha dans la favela Cantagalo, un aliment typique du Brésil à base de pâte de farine de blé.
Photo 28 : Un petit garçon joue avec un pot à bulles devant chez lui dans la favela Cantagalo.
Photo 29 : Une femme regarde par la fenêtre d’une maison inachevée dans la favela Pavão-Pavãozinho.
Photo 30 : Vue panoramique de la plage de Copacabana depuis la favela Pavao-Pavaozinho.
Affiche de l’exposition :
