Cantagalo-Pavao-Pavaozinho

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Une femme âgée se tient à l’aide d’une canne dans la favela Cantagalo à Rio de Janeiro au Brésil - Christophe MOEC
Dona Rosa, habitante de 83 ans dans la favela Cantagalo, à Rio de Janeiro.

"Mémoires de Cantagalo-Pavao-Pavaozinho", argentique 120 noir et blanc

Série sur les habitants de deux favelas mitoyennes répartis sur deux collines « Cantagalo » et « Pavão-Pavãozinho » (ou « PPG ») de la zone sud de Rio de Janeiro. Près de 11 000 habitants vivent sur ce territoire relativement restreint, ce qui en fait une des favelas les plus densément peuplée du Brésil.

Le terme « favela » désigne un type d’habitation populaire au Brésil qui s’apparente au bidonville avec des constructions à l’origine sur des terrains illégaux et des matériaux de récupération. Rio de Janeiro comptabilise à elle seule près de 1000 favelas. Cantagalo a été occupée au début du XXe siècle, principalement par d’anciens esclaves et immigrants venus des campagnes. Pavão-Pavãozinho a émergé au cours des années 1930, principalement par des immigrants du nord et de la partie la plus pauvre du Brésil.

À partir du milieu des années 1990, la mairie de Rio a entamé un processus pour « légaliser » progressivement cet espace marginal regroupant une frange de la population pauvre pour qui l’accès au logement demeure impossible (la majorité survit avec moins que le salaire minimum par habitant). Ce programme d’urbanisation qui vise à intégrer les favelas au reste de la ville s’appelle « Favela-Bairro ». Mais l’enjeu est si complexe, tant du point de vue juridique, social et économique, que l’objectif d’inclusion reste loin d’être satisfaisant 30 ans après son lancement. Les habitants des favelas se plaignent en effet souvent du manque d’infrastructures et de services, mais aussi de problèmes d’insécurité, si bien que ces territoires se situent toujours entre légalité et illégalité aujourd’hui.

La communauté de Cantagalo-Pavao-Pavaozinho a bénéficié de certaines avancées significatives au fil du temps comme la gestion des ordures, l’éclairage public, le drainage des eaux usées, le revêtement des sols et la construction de deux élévateurs pour faciliter l’accès sur les hauteurs. Néanmoins, beaucoup reste à faire, notamment en matière d’éducation et de sécurité, or les politiques semblent avoir moins de velléités pour ces territoires depuis la fin des Jeux olympiques d’été de 2016. Ainsi, les inégalités sociales perdurent et un fossé réel subsiste avec le reste de la ville. Or, le contraste est d’autant plus frappant que ces deux favelas jouissent d’une position géographique particulière puisqu’elles se situent à moins d’un kilomètre chacune des célèbres plages de Copacabana et d’Ipanema.

Les cariocas ne s’aventurent guère dans cette favela jugée trop dangereuse et trop insalubre. Un simulacre de police est présent sur la voie d’accès unique par la route pour rassurer les citoyens et leur faire croire que la zone est sous contrôle de la municipalité. Deux « mondes » vivent ainsi en parallèle, deux univers qui se côtoient pourtant par la force des choses car les personnes actives des favelas travaillent dans les restaurants, les hôtels, les commerces, les hôpitaux, les marchés, ou comme livreurs, plagistes, etc. La plage joue un rôle primordial à Rio de Janeiro en tant que vecteur de mixité sociale, elle gomme en effet les inégalités ponctuellement et permet une réelle cohésion de toute la population. Cette opposition, à la fois géographique et sociologique, rend ce lieu hors du commun.

En 2014, Libération a publié une des photos issues de cette série à la Une de son Journal avant la coupe du monde de football de Rio le 12 juin. Peu de temps avant, le 22 avril 2014, Douglas Rafael da Silva Pereira, un danseur et DJ de Pavão-Pavãozinho âgé de 25 ans, a été abattu par erreur par la police. Une rébellion farouche de toute la communauté a suivi immédiatement contre l’unité de police de pacification alors en place à cette époque (UPP pour « Unidade de Polícia Pacificadora »). Le gouvernement brésilien a dû faire appel à l’armée pour mettre fin aux émeutes sanglantes devant les caméras du monde entier.

Plus récemment, le 28 octobre 2025, une opération impliquant environ 2 500 policiers dans le nord de Rio de Janeiro a fait 132 morts dont 4 agents de police. L’opération, la plus meurtrière de l’histoire de l’État de Rio de Janeiro, visait à affaiblir le trafic de drogue dans le Complexo do Alemão contrôlé par le gang du Commando Vermelho, un ensemble de favelas où vivent 100 000 personnes (118 armes ont été saisies, dont 93 fusils d’assaut).

Cette série a été exposée en 2023 dans une galerie à Ipanema (Rio de Janeiro) sous ce même titre « Memórias de Cantagalo-Pavão-Pavãozinho ».

Découvrez ce reportage au format 135 couleur.

Légendes photo

Photo 1 : Joueurs de cerf-volant sur les toits de la favela Cantagalo.

Photo 2 : Femme âgée qui souffre de la hanche avec sa canne dans la favela Cantagalo.

Photo 3 : Un homme (plagiste sur Copacabana) tient fièrement dans ses bras le drapeau du Brésil dans la favela Pavão-Pavaozinho. On aperçoit en arrière-fond le Pain de sucre et Copacabana.

Photo 4 : Un homme fan du club de foot Vasco da Gama chez lui avec son fils, dans la favela Pavao-Pavaozinho.

Photo 5 : Un homme squelettique vêtu d’un chapeau Panama dans la favela Cantagalo.

Photo 6 : Haut de la colline densément peuplée de la favela Pavão-Pavãozinho sous la brume.

Photo 7 : Un homme atteint de la gangrène dans sa chambre en veste de survêtement dans la favela Cantagalo.

Photo 8 : Un livreur de farine en transpiration avec un gros sac sur le dos dans la favela Pavao-Pavaozinho.

Photo 9 : Un réparateur de montres qui travaille dans la rue dans la favela Cantagalo-Pavao-Pavaozinho.

Photo 10 : Une jeune fille le visage ébahi avec la bouche grande ouverte dans la favela Pavao-Pavaozinho.

Photo 11 : Un vendeur de glaçons avec vélo triporteur sur la plage Ipanema face au Morro Dois Irmãos (colline des deux frères). Il vit dans la favela cantagalo.

Photo 12 : Homme attardé mental dans la favela Pavão-Pavãozinho. Il vit à la charge de sa maman sans emploi.

Photo 13 : Une jeune maman fait des mini-couettes à sa fille en couche culotte dans la favela Pavão-Pavãozinho.

Photo 14 : Un pasteur lit la bible avant d’aller célébrer la messe dans une église de la favela Cantagalo.

Photo 15 : Un homme torse nu qui écoute de la musique avec un amplificateur audio portable dans la favela Cantagalo.

Photo 16 : Un homme, porteur professionnel de la favela Cantagalo-Pavao-Pavaozinho, grand fan du club de foot Vasco da Gama.

Photo 17 : Un enfant triste tient un cerf-volant troué dans la favela Cantagalo.

Photo 18 : Une femme souriante à sa fenêtre avec un foulard sur la tête dans la favela Pavao-Pavaozinho. Elle souffre pourtant d’un cancer à l’estomac.

Photo 19 : Une femme au visage buriné en débardeur fines bretelles dans la favela Cantagalo.

Photo 20 : Un vieil homme derrière la grille en fer forgé de sa fenêtre dans la favela Cantagalo.

Photo 21 : Une femme charnue à la posture noble dans la favela Pavao-Pavaozinho.

Photo 22 : Un enfant près d’un toboggan en bois dans la favela Pavão-Pavãozinho.

Photo 23 : Un homme avec des dreadlocks, des lunettes de soleil et des écouteurs dans la favela Pavao-Pavaozinho.

Photo 24 : Un maçon éreinté de la favela Cantagalo-Pavao-Pavaozinho, en présence d’un jeune de la communauté.

Photo 25 : Un cycliste monte son vélo dans les escaliers de la favela Pavao-Pavaozinho. Il passe devant un salon de beauté.

Photo 26 : Un menuisier en train de lire le journal Meia Hora dans la favela Pavao-Pavaozinho.

Photo 27 : Une femme de Pavao-Pavaozinho souffrant d’une infection dentaire non soignée.

Photo 28 : Une jeune fille à la porte de sa maison à côté de sa boîte aux lettres dans la favela Pavao-Pavaozinho.

Photo 29 : Une femme de la favela Cantagalo en string sur la plage Ipanema, elle regarde les surfeurs face à la montagne Dois Irmãos.

Photo 30 : La plage de Copacabana depuis la favela Pavao-Pavaozinho, avec le Mont du Pain de Sucre en arrière-fond.

Affiche de l’exposition :

Expo photo favelas Cantagalo-Pavao-Pavaozinho (Brésil) - Christophe MOEC