Les enchaînés de Makoko
Trois hommes attachés à un poteau en acier par une chaîne au pied à Lagos, au Nigeria. L’homme au premier plan est allongé sur un tapis de sol avec un livre, les deux autres en arrière-plan sont assis sur une chaise de jardin en plastique. Le terrain est boueux dans ce quartier de Makoko. Ces trois hommes souffrent de troubles mentaux, leur handicap les rend inadaptés pour la vie en communauté ou dangereux pour eux-mêmes, or en l’absence d’accès à un service de soin adapté ils sont maintenus en captivité. Dans ce bidonville, ces personnes constituent un poids pour leurs proches déjà accablés par la misère. L’accès aux soins est un problème pour cette frange de la population dans un pays où il n’y a pas de couverture santé et où la prise en charge des maladies mentales demeure encore archaïque. L’enchaînement est monnaie courante au Nigeria dans bons nombres d’institutions. L’absence d’inclusion des patients atteints de troubles psychosociaux s’explique également par la persistance de croyances erronées sur l’origine de ces pathologies imputées à des esprits maléfiques ou des forces surnaturelles.
Ci-dessous, un groupe de cinq hommes enchaînés à l’intérieur d’un bâtiment. Ici, les hommes atteints de troubles de la santé mentale ne sont pas attachés à un poteau ou à un arbre en extérieur, mais ils sont maintenus reclus en étant reliés entre eux par des chaînes aux pieds. Le fait d’être enchaîné peut causer une détresse psychologique supplémentaire, et sans aucune occupation, le temps constitue lui aussi une charge mentale additionnelle, surtout si cet état est prolongé plusieurs mois, voire davantage.

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Cette série a reçu le Prix international MonoVisions – Black & White Street Photography Series of the year 2025.