Simbu

Monts Bismarck de la cordillère centrale de Nouvelle-Guinée depuis le mont Wilhelm en Papouasie-Nouvelle-Guinée - Christophe MOEC
Monts Bismarck de la cordillère centrale de Nouvelle-Guinée depuis le sommet du mont Wilhelm à 4 509 mètres d’altitude.

"Simbu" en argentique noir et blanc 120

Série réalisée dans les Hautes-Terres, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. L’image de cette région d’Océanie est souvent déformée par rapport à la réalité. Les stéréotypes proviennent essentiellement de festivals culturels et ethniques qui ont le vent en poupe, comme le Goroka Show, ou le Mount Hagen Cultural Show, ou bien encore le Enga Cultural Show, tous situés dans cette même région des « Highlands ». Ces festivals sont nés après la seconde guerre mondiale à l’initiative des premiers colons européens dans un esprit de créer un espace de dialogue et de réconciliation entre les différents clans ethniques antagonistes. Au fil du temps, ces événements sont devenus de gigantesques attractions touristiques avec la complicité active des autochtones, non pas seulement pour la manne financière qu’ils représentent, mais en tant que vecteur d’affirmation identitaire en puisant dans leurs traditions anciennes qui disparaissent face à la mondialisation.

Mais l’image de la Papouasie-Nouvelle-Guinée du 21e siècle, pays du Commonwealth qui a célébré le cinquantième anniversaire de son indépendance avec l’Australie le 16 septembre 2025, ne saurait se résumer à ces exhibitions folkloriques montrant une population à l’allure primitive. Je me suis donc rendu à mi-chemin entre Mount Hagen (chef-lieu des Hautes-Terres occidentales) et Goroka (chef-lieu des Hautes-Terres orientales), dans la province reculée de Simbu où il n’y a plus d’aéroport faute de maintenance, afin de prendre des photos dans un geste spontané. Pas de mise en scène, pas de recherche du pittoresque, uniquement des prises de vue franches comme autant de fragments de réalité. Ce faisant, mon travail propose une vérité renouvelée sur le peuple des Hautes-Terres et ses habitants, un éclairage neuf à la fois humain, culturel et géographique.

La province de Simbu (ou Chimbu) équivaut à la moitié de l’Ile-de-France en surface pour 404 000 habitants (66 habitants/km2). La capitale Kundiawa compte 12 000 habitants. Terre montagneuse, possédant peu de ressources naturelles et pas de tourisme. Les habitants de Simbu ont un caractère bien trempé, ils sont dynamiques et tournés vers l’extérieur. Simbu représente la première source de main-d’œuvre du pays.

Simbu est pour moi une « terre indomptable » au sens où la nature élève la force d’âme de ses habitants au-dessus de la moyenne. Le mont Wilhelm (point culminant du pays avec 4 509 mètres d’altitude) est le symbole de cet antagonisme à l’œuvre entre les habitants et leur environnement hostile. Survivre est la norme, il n’y a pas de place pour la mollesse, si bien que cette toute-puissance de la nature a développé chez les autochtones une résilience exacerbée et un tempérament hors du commun.

Cette région des Hautes-Terres est d’ailleurs très vulnérable aux catastrophes naturelles en raison de son instabilité géologique mais aussi du fait du changement climatique. Ainsi, dans la nuit du 23 au 24 mai 2024, suite à des pluies torrentielles, un gigantesque glissement de terrain s’est produit dans le village de Yambali dans la province d’Enga dans les « Highlands ». Une catastrophe qui a enseveli environ 2 000 personnes vivantes sous plusieurs mètres de boue et de rochers.

Cette série a été exposée pour la première fois en région parisienne en 2023 sous le titre « Simbu, terre indomptable ».

Découvrez ce reportage au format 135 monochrome.

Légendes photo

Photo 1 : Chaîne de montagnes des monts Bismarck de la partie centrale de Nouvelle-Guinée depuis le sommet du mont Wilhelm à 4 509 mètres d’altitude, dans les Hautes-Terres.

Photo 2 : Jeune papou tenant un bouquet d’une plante herbacée vivace du mont Wilhelm (Highlands Region).

Photo 3 : Couple devant leur maison dans la province de Simbu (lieu-dit « Yagle »). L’homme est en train de laver une vieille casserole. Son épouse est vêtue d’une robe plissée à fleurs et elle porte un collier avec la croix chrétienne en pendentif. Les violences sexuelles et domestiques infligées aux femmes sont très répandues en Papouasie-Nouvelle-Guinée et encore plus dans cette province des Hautes-Terres.

Photo 4 : Homme dans une rue de Kundiawa, capitale de la province de Simbu. L’homme arbore un diadème ornemental à plumes et porcelaine tigrée, ainsi qu’un sac traditionnel appelé « bilum ».

Photo 5 : Femme devant un panneau d’affichage publicitaire de la marque Coca-Cola en centre-ville de Kundiawa, capitale de la province de Simbu. Il y a un contraste saisissant entre cette femme sans luxe ostentatoire et le symbole de l’« American way of life ».

Photo 6 : Homme au regard ténébreux sur un sentier de la jungle de Simbu (lieu-dit « Bimai »). Il tient un couteau dans sa main gauche, son pardessus est tâché et laisse entrevoir une mystérieuse tête de mort imprimée dans sa poche.

Photo 7 : Femme adossée à sa maison dans la province de Simbu (lieu-dit « Pari »). Elle porte une robe trapèze sans corsage comme une blouse évasée, celle-ci est plissée au niveau de l’encolure carrée. Son visage laisse transparaître une inquiétude.

Photo 8 : Guitariste au bord de la route principale qui traverse Simbu (Highlands Highway), dans la région des Hautes-Terres.

Photo 9 : Jeune baigneur avec une bouée improvisée à partir d’une chambre à air agricole rafistolée près de la rivière Wara Simbu. Il s’en sert pour se laisser glisser à travers les rapides.

Photo 10 : Cultivatrice après son travail avec son sac bilum traditionnel sur la tête et un manche de bêche sur un sentier de la province de Simbu (lieu-dit « Mingende »).

Photo 11 : Homme robuste dans la province de Simbu (lieu-dit « Kerowagi »). Le gaillard porte une chaîne industrielle en acier autour du cou qui s’étend sur son torse puissant, rappelant le commerce des esclaves entre 1860 et 1940 vers l’Australie.

Photo 12 : Un homme vêtu d’un t-shirt Metallica avec une machette dans la province de Simbu (lieu-dit « Dibindiyaudo »).

Photo 13 : Habitant d’une montagne de Simbu (lieu-dit « Kunabau »). Son lance-pierre puissant est posé sur sa tête, toujours prêt à dégainer à la moindre opportunité qui se présente.

Photo 14 : Arêtes du massif montagneux Kerigomna sous les nuages, à la frontière de la province de Simbu et de la province des Hautes-Terres orientales.

Photo 15 : Jeune fille papoue emmitouflée dans un manteau, debout sur une pierre en haut d’une montagne dans la province de Simbu (lieu-dit « Kunabau »).

Photo 16 : Un garçon de Simbu tient un fusil dans les mains, une arme artisanale en bois qu’il a fabriqué lui-même.

Photo 17 : Cultivateur à son domicile après sa journée de labeur dans la province de Simbu (lieu-dit « Moim »).

Photo 18 : Petit garçon qui joue avec une pince à linge dans la province de Simbu (lieu-dit « Kunabau »). Il est vêtu d’un t-shirt trop grand à l’effigie de Julius, le singe de la marque Paul Frank.

Photo 19 : Enfant au regard perçant sur un chemin isolé dans la province de Simbu (lieu-dit « Koglai »). Il tient dans sa main droite un long bambou, dans sa main gauche deux bananes et dans le creux de son bras une patate douce (« kaukau »).

Photo 20 : Femme de la région des Hautes-Terres avec un bouquet de fleurs sauvages cueillies près du mont Wilhelm (lieu-dit « Ganbugl »).

Affiche de l’exposition :

Expo photo Simbu (Papouasie-Nouvelle-Guinée) - Christophe MOEC