Simbu
"Simbu" en argentique noir et blanc 135
Série réalisée dans les Hautes-Terres, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. L’image de cette région d’Océanie est souvent déformée par rapport à la réalité. Les stéréotypes proviennent essentiellement de festivals culturels et ethniques qui ont le vent en poupe, comme le Goroka Show, ou le Mount Hagen Cultural Show, ou bien encore le Enga Cultural Show, tous situés dans cette même région des « Highlands ».
Ces festivals sont nés après la seconde guerre mondiale à l’initiative des premiers colons européens dans un esprit de créer un espace de dialogue et de réconciliation entre les différents clans ethniques antagonistes. Au fil du temps, ces événements sont devenus de gigantesques attractions touristiques avec la complicité active des autochtones, non pas seulement pour la manne financière qu’ils représentent, mais en tant que vecteur d’affirmation identitaire en puisant dans leurs traditions anciennes qui disparaissent face à la mondialisation.
Cependant, l’image de la Papouasie-Nouvelle-Guinée du 21e siècle, pays du Commonwealth qui a célébré le cinquantième anniversaire de son indépendance avec l’Australie le 16 septembre 2025, ne saurait se résumer à ces exhibitions folkloriques montrant une population à l’allure primitive. Ainsi, je me suis rendu à mi-chemin entre Mount Hagen (chef-lieu des Hautes-Terres occidentales) et Goroka (chef-lieu des Hautes-Terres orientales), dans la province reculée de Simbu où il n’y a plus d’aéroport faute de maintenance, afin de prendre des photos de la vie quotidienne.
La province de Simbu (ou Chimbu) équivaut à la moitié de l’Ile-de-France en surface pour 404 000 habitants (66 habitants/km2). La capitale Kundiawa compte 12 000 habitants. Terre montagneuse, possédant peu de ressources naturelles et pas de tourisme. Les habitants de Simbu ont un caractère bien trempé, ils sont dynamiques et tournés vers l’extérieur. Simbu représente la première source de main-d’œuvre du pays.
Simbu est pour moi une « terre indomptable » au sens où la nature élève la force d’âme de ses habitants au-dessus de la moyenne. Le mont Wilhelm (point culminant du pays avec 4 509 mètres d’altitude) est le symbole de cet antagonisme à l’œuvre entre les habitants et leur environnement hostile. Survivre est la norme, il n’y a pas de place pour la mollesse, si bien que cette toute-puissance de la nature a développé́ chez les autochtones une résilience exacerbée et un tempérament hors du commun.
Cette région des Hautes-Terres est très vulnérable aux catastrophes naturelles en raison de son instabilité géologique mais aussi du fait du changement climatique. Ainsi, dans la nuit du 23 au 24 mai 2024, suite à des pluies torrentielles, un gigantesque glissement de terrain s’est produit dans le village de Yambali dans la province d’Enga dans les « Highlands ». Une catastrophe qui a enseveli environ 2 000 personnes vivantes sous plusieurs mètres de boue et de rochers.
–
Cette série a été exposée pour la première fois en région parisienne en 2023 sous le titre « Simbu, terre indomptable ».




















Légendes photo
Photo 1 : Pic en granite du mont Wilhelm (4 509 mètres d’altitude) sous les nuages et le brouillard. Point culminant du pays situé à l’intersection de trois provinces dans la région des Hautes-Terres : Simbu, Jiwaka, Madang.
Photo 2 : Lacs jumeaux de Piunde et Aunde (3 510 mètres d’altitude) depuis les pentes abruptes qui mènent au sommet du mont Wilhelm.
Photo 3 : Palmier du Mont Wilhelm à environ 2 800 mètres d’altitude dans les prairies alpines où la végétation est encore luxuriante. Le tronc du palmier a été sculpté pour lui donner une apparence humaine effrayante, devenant ainsi un totem papou, un symbole ethnique.
Photo 4 : Homme assis dans l’herbe à flanc du Mont Wilhelm. À une certaine altitude les arbres se font plus rares, l’homme a récupéré du bois et il s’accorde ici une petite halte. Son regard perçant est doublé par les yeux présents sur son t-shirt.
Photo 5 : Garçon d’un village de montagne situé à six heures de marche de Kundiawa sur des chemins escarpés (lieu-dit « Kurumugl »). Il porte un lance-pierre sur le front pour chasser ou se défendre.
Photo 6 : Femme avec son enfant sur les épaules en compagnie d’un cochon domestique dans la jungle de Simbu (lieu-dit « Koglai »). Le porc est le principal animal domestique de Papouasie-Nouvelle-Guinée, il joue un rôle central dans la culture locale, notamment pour les rituels comme les mariages et les enterrements.
Photo 7 : Homme torse nu sur un sentier du mont Wilhelm (4 509 mètres d’altitude). L’homme transporte sur l’épaule un tronc d’arbre sur plusieurs kilomètres. La ceinture de son pantalon ne tient qu’à un fil.
Photo 8 : Fan de rugby à XIII à Kundiawa. Il a inscrit le nom de l’équipe qu’il supporte sur ses lunettes, il s’agit de « NSW Blues » qui représente l’État australien du Nouvelle-Galles du Sud. L’homme porte également un diadème guerrier.
Photo 9 : Petit garçon assis devant des cacahuètes en vente par lot. Ses parents l’ont maquillé en soutien à l’équipe nationale de rugby qui doit jouer un match ce jour-là.
Photo 10 : Homme avec un certain aplomb et de l’allure à Kundiawa. Il est revêtu d’un t-shirt d’inspiration californienne, d’un bandana, d’un pendentif solaire en forme de rosace et il porte un diadème tribal de guerrier.
Photo 11 : Un enfant très habile est prêt à tirer avec son lance-pierre artisanal. Il vit dans les montagnes de Simbu à environ six heures à pied de Kundiawa (lieu-dit « Kurumugl »).
Photo 12 : Chaussures vétustes d’un homme à Kundiawa. Porter des baskets est assez rare dans les Hautes-Terres, c’est même un luxe car beaucoup de personnes marchent pieds nus. C’est pourquoi l’homme les conservent précieusement.
Photo 13 : Pêcheur dans la rivière Wara Simbu. L’homme pêche avec une canne en bambou en présence d’un très fort courant. Pour éviter de revenir sur la rive trop fréquemment pieds nus, il tient ses proies dans sa bouche.
Photo 14 : Auto-stoppeurs à la sortie de la ville de Kundiawa, capitale de la province de Simbu dans les Hautes-Terres.
Photo 15 : Fillette de Simbu à l’allure de guerrière avec un bandeau tribal sur la tête.
Photo 16 : Vendeur d’une peau de marsupial (spilocuscus maculatus) qu’il a capturé, un animal à épaisse fourrure endémique de la région des Hautes-Terres.
Photo 17 : Jeune marcheur sur un sentier entre les herbes hautes du Mont Wilhelm. Il porte un premier sac bilum en bandoulière et un second sur le front pour équilibrer les charges, il peut donc se mouvoir avec plus d’aisance en ayant les mains libres.
Photo 18 : Femme aux cheveux courts grisonnants à son domicile très isolé dans la province de Simbu (lieu-dit « Ouna »).
Photo 19 : Paysage de haute montagne avec une maison isolée traditionnelle des Highlands à environ 2 000 mètres d’altitude (lieu-dit « Ouna »).
Photo 20 : Dernier habitant sur le chemin menant au sommet mont Wilhelm (4 509 mètres d’altitude), il vit en autarcie avec quelques animaux, aucune ville alentour, il ne peut compter que sur lui.
Affiche de l’exposition :
